16 oct. 2013

Japon - Iwate | Chasser les légendes à Tôno


Aujourd'hui le typhon n°26, suffisamment violent pour bloquer la circulation des trains et de plusieurs Shinkansen, nous "oblige" à rester une journée de plus à Tôno (遠野, préfecture d'Iwate, dans le Nord de Honshû). Ca me laisse donc le temps de vous raconter mon pèlerinage de passionnée du folklore japonais dans cette adorable ville, repère à kappas et autres créatures magiques !
Nous sommes arrivés Lundi après-midi, de Tokyo, après un petit déjeuner follement mignon près de la gare d'Ueno, chez Wholesome. Je vous en reparlerai dans un article bien précis, je me donne la mission de tout goûter puis tout vous raconter !



Bienvenue à l'auberge Kuranoya

Après 3h de Shinkansen (Tokyo - Shin Hanamaki) puis 1h de petit train JR sur voie unique (Shin Hanamaki - Tôno), nous arrivons dans une jolie petite gare. Mr Kuramoto, le propriétaire de l'auberge Kuranoya que nous avons réservée depuis la France, nous attend pour nous conduire en voiture jusqu'à chez lui. Nous faisons une halte dans un supermarché pour acheter un petit dîner, car son auberge est loin du centre et des restaurants. Comme nous n'avions réservé que le combo nuit et petit déjeuner, il ne nous a pas mis mal à l'aise avec une proposition de repas du soir que nous n'aurions pas pu payer.


Pour la petite histoire, sa femme et lui ont quitté Tôkyô il y a 4 ans pour venir s'installer à Tôno et tenir leur petit hôtel. Mr Kuramoto travaillait dans une maison d'édition qui traduit les magazines français en japonais, comme Mme Le Figaro ou Elle. Il parle anglais avec quelques difficultés mais il y met toute la meilleure volonté du monde.
Leur auberge n'est pas référencée dans les guides, nous l'avions trouvée sur Trip Advisor, et franchement je ne peux que vous la recommander ! Les chambres sont impeccables, le service est aux petits oignons et le couple d'une gentillesse dingue. Mr Kuramoto fait tous les allers-retours qu'il faut entre chez lui et la ville pour ses clients, il aide à louer des vélos à l'office du tourisme (et a même une réduction de 10%) et propose plusieurs livres concernant l'histoire des légendes japonaises en anglais ou en japonais. Un vrai bonheur !
Le petit déjeuner est également un plaisir. Les quantités sont généreuses, la qualité au rendez-vous, et tout est fait maison. Les pommes sont même cultivées par le voisin !


Quand on a su que le typhon nous empêcherait de prendre le petit train jusqu'à Shin Hanamaki, Mr Kuramoto s'est empressé de nous dire qu'il nous conduirait jusqu'à notre Shinkansen. Nous avons bataillé pour qu'il accepte de nous garder une nuit de plus, car selon lui, c'était du gâchis d'argent et de temps pour nous. Honnêteté quand tu nous tiens... Il a finalement cédé face à tous nos compliments sur son auberge. Et je dois vous dire que l'idée de reprendre un petit-déjeuner ici demain matin me fait saliver !


Kappa et tanuki

La vallée de Tôno, relativement pauvre, a connu plusieurs redoutables famines dues à la sécheresse au cours des siècles derniers, à cause de son climat et des caprices de la nature qui l'entoure. Je ne savais pas qu'on pouvait souffrir de sécheresse dans le Nord du Japon vu l'épaisse verdure qui y pousse, mais apparemment si ! Ces tragiques événements combinés aux superstitions des habitants font de cette vallée le berceau de bien des légendes du folklore japonais, avec tout son bestiaire tel que les tanuki, les kappa, les renards et les fantômes.


C'est aussi une région encore extrêmement rurale, où les citadins peuvent venir redécouvrir le Furusato, ce village de nos racines où il fait bon vivre, celui où l'on peut se recentrer et se ressourcer. C'est d'ailleurs un des thèmes préférés de Miyazaki et du studio Ghibli, que l'on peut retrouver dans Totoro ou Pompoko. 


L'ethnologue et journaliste Yanagita Kunio (1875-1962) a séjourné plusieurs fois à Tôno, et a entrepris de retranscrire à l'écrit toutes les légendes et les contes de la région. Durant mes études à l'INALCO, ses textes ont souvent été abordés, et son travail m'a toujours beaucoup intéressée. 

La chasse est lancée !


Armés d'une carte "détaillée" et de vélos à assistance électrique (croyez-moi, vu le relief du terrain et les 30km effectués, c'était une idée raisonnable), nous commençons notre chasse au kappa et au tanuki. Le beau temps n'est pas au rendez-vous, mais finalement ce ciel gris et menaçant se prête bien à notre aventure !
Nous commençons par le musée municipal, refait il y a 3 ans, qui propose une superbe petite exposition sur le folklore local. Les installations sont incroyablement ludiques pour une si petite ville, et toute la muséographie est extrêmement soignée. Méfiez-vous de la boutique de souvenirs, on a envie de repartir avec des valises de conneries !
Nous visitons ensuite le musée des arts traditionnels du château de Tôno. On y voit des équipements de samurais, des objets ayant appartenu aux anciennes grandes familles.




Nous roulons ensuite vers le temple Unedori, où les femmes enceintes attachent - seulement de la main gauche - des morceaux de tissus rouges pour assurer à leurs bébés de naître dans de bonnes conditions. Ca y est, on est dans l'ambiance, le temple tout vieillot presque livré à lui-même semble sorti d'une histoire de fantômes, et c'est sans compter sur les énormes araignées qui s'y baladent.


De ce lieu magnifique, nous nous enfonçons dans la montagne en direction des 500 bouddhas - les Gohyaku rakan - gravés dans la roche par des moines afin de consoler les âmes des victimes de la famine de 1754. Pas du tout morbide ! La forêt dense et pleine de mousse a une vague aura de film d'horreur. Nous gravissons un grand nombre de rochers, montant encore et toujours, jusqu'à arriver à un petit autel perdu. Aucun signe de ces bouddhas. Déçus, nous redescendons, jusqu'à constater que c'était justement ces 500 Bouddhas que nous avions escaladés précédemment. La mousse les recouvre et ils sont déjà bien effacés. Quel spectacle émouvant... Nous faisons ensuite un détour par le temple Atago, qui semble abandonné à son triste sort et perdu dans la végétation. Il me rappelle le temple où vivent les tanukis dans le dessin animé Pompoko. Et c'est ici qu'un Rondoudou sauvage apparaît (à vous de le retrouver sur les photos ci-dessous) !


Nous reprenons nos vélos et longeons la rivière sur quelques kilomètres, sous la pluie. Nous croisons des locaux en train de jouer au golf, ou de faire voler une petite maquette d'avion en solitaire. Personne d'autre, la vallée est déserte. Finalement nous avons fait fausse route. Nous retournons jusqu'au temple Atago puis empruntons un autre chemin afin de nous rendre au bassin des kappas de Tarobuchi. En chemin, nous découvrons un autre temple en piteux état, magnifique de tristesse : c'est le temple Suwa.


 Nous déjeunons au bord de l'étang, espérant attirer les petites créatures qui sont censées le peupler. Il est de notoriété publique que Tôno recense la plus grande concentration de kappas du Japon. J'ai donc bon espoir ! Malheureusement, nos onigiris ne semblent pas leur plaire, et, bêtes que nous sommes, nous n'avons pas de concombre sur nous... Pourtant ça aussi c'est de notoriété publique : c'est leur péché mignon ! Nous sommes de bien mauvais chasseurs.


Nous continuons notre route, entrecoupée de temples plus esseulés les uns que les autres et de champs aux couleurs automnales magnifiques. Les pommiers croulent sous des fruits lourds et flamboyants. Malgré les averses, c'est un vrai spectacle. On ne peut s'empêcher de penser que nous pourrions apprécier la campagne française au moins autant, et qu'il faudrait vraiment qu'on s'y mette plus sérieusement un jour.


Nous visitons ensuite une sorte de reconstitution du Furusato, mais certainement à cause du temps, nous ne trouvons aucune activité ludique et nous ne sommes pas plus de 8 visiteurs. Une certaine déception, puisque ce parc qui a l'air d'une attraction pour tokyoïte en mal de vie à la ferme propose des activités sympas en fonction des saisons comme récolter des fruits, cueillir des champignons, apprendre à fabriquer des nouilles soba etc... Là, c'est juste triste et vide.

Le temple Fukusenji nous fait vite oublier cette déception. C'est en fait un ensemble de temples et de cimetières nichés dans les hauteurs. Le temple principal abrite une statue de Kannon en bois haute de 17m.


Nous finissons la journée en visitant le Denshôen, qui fonctionne sur le même principe que le Furusato, en un peu plus fréquenté et plus mignon. On y voit même des emas d'enfants trop mignons ou rigolos ! En face du Denshôen, il y a le temple Jokenji et une rivière connue pour sa population de kappas. On peut y faire des offrandes de concombres au pied de statues légèrement inquiétantes. On y trouve aussi un appât à kappa, au cas où un chanceux arriverait à en attraper un. D'ailleurs, il est bien spécifié sur le permis de chasser le kappa que tout bon visiteur a en arrivant, qu'en cas de capture d'un spécimen, il faut tout de suite en informer l'office de tourisme. Encore une fois, nous repartons bredouille ! Mais nous discutons un peu avec un homme du coin qui accompagne une petite meute de dames tokyoïtes excitées à l'idée de rencontrer un kappa.


Cette ville est un peu le pendant de notre escale à Tazawako, 4 ans plus tôt. Nous y avions eu une énorme tempête à l'arrivée et l'auberge que nous avions choisie était un havre de paix et de confort.
Si, parmi vous, il y a des passionnés de folklore japonais, je vous recommande vraiment de passer par Tôno. Il faut bien rester 2 nuits pour en profiter un minimum. Même en une journée aussi remplie que la notre, nous n'avons pas pu tout voir.
La ville entière est à l'effigie des kappas, même le poste de police ! Et les gens, toujours surpris de voir qu'un étranger s'intéresse à leur région, se feront un plaisir de papoter avec vous dans un japonais local parfois très sportif !



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9 commentaires:

  1. Ca me donne envie de voir tous ces sites! et de manger aussi ^^
    Tes photos sont très belles, j'espère qu'il n'y aura pas plus de dégât liés au typhon :(
    Bonne chance en tout cas!

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  2. Merci de nous faire voyager . Tres belles photos et excellents commentaires. Restez prudents!

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  3. Ca donne tellement envie ! Merci pour ce pavé :)

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  4. J'ai beaucoup aimé cette visite de Tono. Ce Japon méconnu vaut vraiment le détour.

    Et les photos sont vraiment belles. On en redemande ;)

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  5. Aya > dans cette région, il ne semble pas avoir eu trop de dégats. C'est surtout à Oshima qu'il y a eu des soucis.

    SomanyParis > C'est sur que pour un pavé, c'est un pavé !


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  6. Cette région a l'air superbe !
    J'ai hâte de lire la suite de vos aventures :-)

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  7. Typiquement le genre d'endroits que j'adore! J'adore me retrouver hors des sentiers battus dans un endroit complètement paumé du Japon. C'est de ce genre de moments que je garde mes meilleurs souvenirs. Je pense par exemple à une balade à vélo que j’avais fait en plaine de Kibi où j'avais vraiment l'impression d'être au milieu de nulle part www.unagidesu.com/2012/03/balade-en-velo-dans-la-plaine-de-kibi/
    Sinon dommage que le kappa ne se soit pas montré, faudra venir avec un concombre la prochaine fois.
    En tout cas chouette blog, et chouettes photos!

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  8. Allant chaque année au Japon en vacances, j'avais prévu cette année d'aller chasser le kappa à Tono, avant d'aller me perdre du côté d'Hiraizumi et Akita... mais finalement, je vais me retrouver à chasser l'indigo à Tokushima...

    Merci pour ce bel article !

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  9. Maitre Po > La chasse à l'indigo a certainement plus de chance d'aboutir que la chasse au kappa ! Je ne suis encore jamais allée à Tokushima mais c'est sur ma liste pour le prochain voyage.

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