8 avr. 2012

Images du Japon | Yokaï, dictionnaire des monstres japonais de Mizuki Shigeru



Ouvrage incontournable si l'on est passionné par les démons japonais et par l'illustration, le Dictionnaire des monstres japonais de Mizuki Shigeru a une place de choix dans ma bibliothèque. Je l'ai en triple édition, rien de moins :
- l'édition de poche japonaise, chez Kôdansha
- l'édition de poche française chez Pika Edition
- mais surtout, la première édition, grand format chez Tôkyô Dôshuppan

Je l'ai essentiellement lu en japonais, dictionnaire à l'appui, mais je n'ai pas hésité à me référer aux textes traduits lorsque trop de choses m'échappaient en version originale. Inutile de dire donc que la lecture a été un peu longue !


Le monde des Yôkai
Le sens du mot "Yôkai" demeure très vague, et l'explication la plus littérale serait celle-ci "être vivant, forme d'existence ou phénomène auxquels on peut appliquer les qualificatifs extraordinaire, mystérieux, bizarre, étrange et sinistre". En clair ce terme regroupe aussi bien les évènements étranges que les êtres surnaturels, fantômes ou démons.
Sans trop rentrer dans le détail, on distingue plusieurs types de créatures surnaturelles parmi les Yôkai :
- Les fantômes
- Les démons
- Les Bakemono, objets ou animaux ayant le pouvoir de changer leur apparence, comme les tanuki et les renards, ou les tsukumogami, objets domestiques capables de prendre vie après leur centième anniversaire.

Les "Yôkai" apparaissent pour la première fois dans la littérature à l'époque de Heian (794 - 1185) dans le Genji Monogatari (le Dit du Genji) puis dans le Konjaku Monogatari (Histoires qui sont maintenant du passé). Ce sont à l'époque des phénomènes troublants, un sentiment de peur ou d'angoisse.
Peu à peu on commence à catégoriser les causes de ces évènements étranges en démons et fantômes puis en Bakemono. A l'époque Edo (1600-1868 environ), les Yôkai regagne en popularité au début de l'industrialisation qui engendre un grand nombre de légendes urbaines et d'angoisses.

Depuis maintenant près de 20 ans, le regain de cette part du Folklore bat son plein. Même en France, on a pu la découvrir à travers de nombreux mangas, jeux vidéos ou films d'animation, dont Hayao Miyazaki (Le voyage de Chihiro) et les studios Ghibli (Pompoko) restent le fer de lance.
On les retrouve également dans l'art classique, comme l'estampe de la procession des 100 démons.

Extrait de la procession des 100 démons ou "Hyakkiyagyô"
Mizuki Shigeru
Mangaka né en 1922, Mizuki Shigeru est le fondateur du manga d'horreur, spécialisé dans les histoires de monstres et de fantômes japonais.
Gaucher de naissance mais ayant perdu son bras gauche lors d'un bombardement, il apprend à dessiner de la main droite et devient mangaka au début des années 1950.
Son manga le plus célèbre est  Ge ge ge no Kitarô (Kitarô le repoussant), créé en 1959 et composé de 9 tomes.

L'ancienne édition du dictionnaire
Couverture reliée
Le dictionnaire
 Mizuki Shigeru a choisi la forme du dictionnaire qui permet de rendre chaque histoire indépendante, ce qui rend la lecture agréable, puisque l'on peut vraiment cibler nos envies.
Chaque page est dédiée à un yôkai en particulier et la construction des articles se compose quasi systématiquement de cette manière :
- Illustration faite par l'auteur
- La localisation de l'origine du yôkai
- L’étymologie de son nom
- Les pouvoirs et actions du yôkai
- Une petite histoire sous forme de conte ou d'anecdote

Dans cet ouvrage, Mizuki Shigeru joue à l'ethnologue et partage ces récits en toute objectivité, mais toujours avec une pointe d'humour. Il dit se référer à ses voyages ou à diverses lectures qu'il a pu faire sur le sujet, mais il n'hésite pas à y insérer également plusieurs anecdotes personnelles ou souvenirs de son enfance.

Mon avis
La lecture de ce dictionnaire permet de découvrir un folklore extrêmement riche sans s'y perdre, tout en y prenant plaisir, ce qui ne serait pas forcément le cas avec de vrais dictionnaires ou essais d'ethnologues. Je le recommande donc à tous les curieux comme aux passionnés.
Mon histoire préférée reste celle qui m'a fait découvrir ces livres : Le lécheur de crasse (Akaname / 垢なめ), qui se faufile la nuit dans les salles de bain pour lécher la crasse laissée par les gens.

Page du lécheur de crasse


Pour aller plus loin
Voici quelques livres, jeux vidéos, dessins animés pour découvrir le bestiaire japonais. La liste n'est pas exhaustive et contient surtout des choses que j'ai aimées!

Livres
- Contes de pluie et de lune, Ueda Akinari
- Histoires fantastiques du temps jadis
- Civilization and monsters, Spirits of Modernity in Meiji Japan, Gerald Figal
- Bibliographie de Mizuki Shigeru

Jeux vidéo
- Muramasa, Wii
- Okami + Okami den, PS2 et DS

Anime
- Mushishi
- Tactics
- Globalité des créations du Studio Ghibli

Voici en prime un jeu de cartes qui fera l'objet d'un prochain article sur les Karuta. Entre temps, j'aimerais bien trouver quelqu'un susceptible de vouloir y jouer pour illustrer le sujet. La seule condition à remplir : être "à l'aise" en japonais sous peine de ne pas pouvoir jouer.

Exemple de Karuta
Boite de rangement des Karuta et son petit livre

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5 commentaires:

  1. J'aime vraiment beaucoup tes articles, j'en apprends toujours ^^

    Xoxo

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  2. Superbes livres !!!
    J'attends l'article sur les karuta avec impatience

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  3. Pour les amoureux du thème il y aussi la seconde édition du concours d'art Koko to asoko qui est cette année sur le thème des Yokaï et Kami. cf. le lien ci-desous.

    http://www.walkingart.fr/

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  4. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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